MCC photo/Patricia Kisare

Le camp Shasha est l’un des endroits où les gens vivent après avoir été déplacés par la violence dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), Michael J. Sharp, troisième à partir de la gauche, avec des hôtes du camp et ses collègues du l’Église du Christ au Congo (ECC), écoutent Patrick Maxwell, à droite, qui a été travailleur du MCC de 2013 à 2016. Le MCC s’est occupé de la distribution de nourriture de la Banque de céréales vivrières du Canada et des programmes agricoles là-bas, et a payé les frais de scolarité pour les enfants vivant au camp.

Quatre mois après son arrivée en République démocratique du Congo (RDC) en 2012, Michael J. Sharp a rejoint une petite délégation qui, pendant six heures, a gravi une montagne dans la province du Sud Kivu pour rencontrer le leader de l’un des principaux groupes armés.

La réunion avait été spécialement organisée pour que Sharp, nouveau travailleur du MCC, puisse discuter avec le colonel des raisons pour lesquelles les réfugiés fuyant le génocide du Rwanda avaient militarisé les forêts de l’Est de la RDC et y erraient avec leurs familles depuis 20 ans.

Ce groupe armé, Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (reconnu sous son acronyme français FDLR), est connu pour piller et brûler les villages; violer les femmes; lutter contre d’autres groupes armés, l’armée congolaise et les forces de l’Organisation des Nations Unies (ONU). En 2012, les violences commises par le FDLR et d’autres groupes armés avaient déplacé 1,5 million de personnes de leurs foyers dans les provinces du Nord et du Sud Kivu.

Sharp, dont le dernier lieu de résidence aux États-Unis était Albuquerque au Nouveau-Mexique, est allé en RDC pour surveiller la réponse humanitaire apportée par le MCC au problème des personnes déplacées. Toutefois, en tant qu’artisan de la paix convaincu (il a appris l’importance de la paix aux assemblées mennonites dans son pays, aux écoles et universités où il a étudié, et grâce à ses études de maîtrise en maintien de la paix et résolution de conflits obtenue en Allemagne) Sharp voulait vraiment mettre un terme à la violence qui causait le déplacement de population.

Son cheminement vers ce but, qui l’a ensuite conduit à jouer un rôle auprès de l’ONU, a été interrompu à la fin de mars en RDC où Sharp a été kidnappé et tué lors d’une mission de l’ONU d’établissement des faits dans la province du Kasaï, au centre du pays.

Les hommes qui ont voyagé avec Sharp en 2012 œuvraient à la consolidation de la paix dans l’Est de la RDC comme personnel du partenaire du MCC, le Programme de paix et de réconciliation (PPR) de l’Église du Christ au Congo (ECC). L’ECC, un réseau de dénominations protestantes, avait pu entrer en contact avec des groupes armés parce que les pasteurs servant dans les régions reculées connaissaient des militants qui fréquentaient leurs églises ou vivaient à côté.

Serge Lungele, alors agent du Programme de paix et de réconciliation (PPR), et maintenant co-animateur du programme Graines du MCC en RDC, et le révérend Josué Bulambo, coordonnateur du PPR, se souviennent de la réunion de ce jour-là. Serge Lungele, qui était devenu un ami proche de Sharp au cours des trois années où ils avaient travaillé ensemble, a raconté comment la conversation avait débuté.

 « As-tu déjà rencontré un membre des FDLR? » a demandé le colonel.

« Non » a répondu Sharp. « C’est la première fois. »

« Les gens que vous voyez sont-ils des êtres humains ou des animaux? »

« Je vois qu’ils sont des êtres humains comme nous. »

« Le message que j’aimerais que vous transmettiez aux États-Unis et à la communauté internationale est que les membres du FDLR, même s’ils vivent dans la brousse, restent des êtres humains et veulent avoir le droit de vivre comme tout le monde. »

Le message du colonel sur la valeur de chaque personne s’inscrivait dans le système de croyances de Sharp.

« Il [Sharp] était profondément attaché au principe selon lequel si vous approchez d’autres gens en les traitant comme des êtres humains, vous pouvez gérer vos différends, et la réconciliation est possible et désirable » a expliqué Tim Lind, qui a été représentant du MCC en RDC avec sa femme, Suzanne Lind, pendant la période de service de Sharp. Les Linds vivent maintenant au Michigan.

Le respect que Sharp témoignait à chaque personne qu’il rencontrait était évident, a déclaré Suzanne Lind. « Il faisait preuve d’une compassion envers les gens à un niveau plus profond que la plupart d’entre nous parce qu’il ne se protégeait pas, il s’impliquait tout simplement » a-t-elle ajouté. 

Mitterrand Aoci et Merthus Mwenebantu, membres du personnel de l’Église de Christ au Congo (ECC), et Michael Sharp contrôlent les champs de haricots plantés par les gens déplacés qui vivent dans le camp Mubimbi en RDC.MCC photo/Ruth Keidel Clemens 

Dans les camps Mubimbi et Shasha de gens déplacés, Sharp travaillait comme conseiller technique avec le personnel du programme humanitaire de l’ECC. Ensemble, ils surveillaient une large distribution de nourriture et la réponse de développement agricole pour le compte du MCC auprès de la banque de céréales vivrières du Canada, et d’autres projets alimentaires parrainés par le MCC.

Lorsque Sharp interagissait avec les gens dans le camp, il portait une attention particulière aux enfants, a déclaré Fidèle Kyanza, directeur provincial du programme humanitaire de l’ECC dans le Nord du Kivu.

« Il avait l’habitude de plaisanter et de jouer avec les enfants. Il leur parlait en français. Il les aidait en mathématiques » a ajouté Kyanza.

Sharp croyait fermement en la valeur de l’aide éducative du MCC pour tous les enfants du camp, a précisé Kyanza. Depuis 2009, le MCC paie les frais de scolarité de tous les élèves du primaire du camp dans des écoles locales et donne les fournitures scolaires aux élèves de la communauté et à ces écoles.

« Michael a établi une fondation très saine pour le programme humanitaire », a déclaré Tim Lind. Cependant, les liens que Sharp avait tissés avec le PPR (Programme de paix et de réconciliation) l’ont constamment tiraillé.

Avec l’approbation des Linds, Sharp a élargi sa mission pour pouvoir travailler au PPR dans le cadre des initiatives de rapatriement et de désarmement.

Les responsables du PPR croyaient qu’une grande partie de la violence dans l’Est du Congo allait s’arrêter si les combattants des FDLR déposaient leurs armes et acceptaient d’être rapatriés dans leur pays, le Rwanda. Leurs familles et eux pouvaient abandonner leur vie de destitués en RDC et devenir des civils chez eux où le gouvernement du Rwanda avait promis de leur permettre de vivre librement. En lire plus sur le rapatriement.

« Le fait de pouvoir aider l’ennemi à déterminer ce qui est mieux pour lui et de faciliter son retour vers une vie normale était quelque chose de nouveau pour Sharp qui avait adopté cette idée » a expliqué Suzanne Lind.

Un des responsables du Programme de paix et de réconciliation (PPR), Emmanuel Billay Mussamba, avec qui Michael avait travaillé, parle avec Mwasa Niyon Senga, ancien combattant des FDLR qui est retourné au Rwanda grâce au programme de rapatriement PPR.MCC Photo/Matthew Lester

Grâce à son expérience en consolidation de la paix et en résolution de conflits, Sharp était le membre de l’équipe dont le PPR avait besoin dans sa démarche d’obtention d’un accord sur un plan de paix avec les responsables des FDLR.  

Selon Tin Lind, le parcours de Sharp et sa tendance à pousser vers de nouvelles initiatives faisaient partie de ce qui motivait Sharp à travailler au PPR, mais ce dernier avait aussi un profond respect pour les collègues du PPR, y compris les responsables et les animateurs, surtout les pasteurs formés qui allaient dans la brousse pour expliquer le rapatriement, et ce, en s’exposant souvent à de grands risques personnels.  

De 2008 à 2016, le PPR a aidé au rapatriement de plus de 1 600 combattants et de 23 000 civils au Rwanda, et a aidé à faciliter quatre cérémonies de désarmement public des combattants des FDLR.

Bulambo a déclaré que Sharp saisissait toute occasion pour défendre le travail pacifique du PPR, y compris auprès des délégations venues des États-Unis et d’Europe pour comprendre la situation en RDC.

« Il était très important pour nous d’avoir quelqu’un qui puisse servir de pont entre l’occident et le Congo » a déclaré Bulambo. « Michael était cette personne qui pouvait témoigner de la situation à laquelle nous faisions face. Une fois qu’il avait réuni les informations sur le terrain, il était à même de défendre la cause aux États-Unis et ailleurs. »

Sharp croyait au fait que seul Dieu pouvait rendre ce travail possible, a précisé Bulambo.

« Michael nous rappelait toujours de prier. Chaque fois que nous le rencontrions, nous commencions toujours par la prière, pour les voyages et pour les animateurs. Nous priions aussi que Dieu touche le cœur des gens de la brousse pour qu’ils reçoivent notre message. Chaque fois qu’il allait défendre notre cause, il nous demandait de prier pour lui afin que son message soit entendu. »

Sharp a terminé sa mission et a rejoint l’ONU en 2015, mais il est resté en communication avec ses amis du PPR et du MCC, même jusqu’au 12 mars lorsqu’il a été kidnappé. Le 27 mars, Sharp et un collègue de l’ONU, Zaida Catalan, ont été retrouvés morts. Quatre membres de l’équipe qui voyageaient avec eux sont toujours portés disparus.

Les anciens collègues de Sharp de l’ECC et du MCC et les membres du MCC de la RDC éprouvent un profond sentiment de perte.

« Nous avons commencé cette aventure avec lui », a déclaré Lungele. « Malheureusement, il nous a quittés avant la fin de cette aventure — la paix durable dans l’Est du Congo en général et la paix durable dans la région des Grands Lacs de l’Afrique. Nous prions que Dieu nous fortifie afin de continuer cette aventure comme une façon d’honorer ce que nous avons commencé avec notre frère. »

Contribuer au fonds de travail pour la consolidation de la paix en RDC en mémoire de Michael J. Sharp. 

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