Lisette Laurin

Tableau sur huile peint à partir d'une photo d'un vélo dans une rue de Provence (Lisette Laurin, 2011) 

Mon épouse et moi habitons au rez-de-chaussée d’un triplex dans Hochelaga. L’un de nos fils, qui n’habite pas avec nous, a l’habitude de laisser son vélo -ainsi que celui de son fils- attachés à la rampe de notre galerie. L’autre nuit, vers 2h du matin, nous entendons des bruits de pas venant de l’escalier extérieur. Je me lève, nu comme un vers, j’entrouvre la porte et aperçoit un homme, environ à une centaine de pas de ma porte, examinant un vélo. Plutôt que de sortir immédiatement, je décide de rentrer me mettre quelque chose sur le dos, aller à la toilette, tout en me demandant ce que je devrais faire. Ce délai m’a sans doute été salutaire! Ceux qui me connaissent savent que je suis du genre à « foncer dans le tas », mais je suis conscient que c’est rarement la bonne option! Le temps de m’habiller, et sans avoir vraiment résolu mon dilemme, je comprends tout à coup que mon épouse, en robe de chambre, pieds nus sur le trottoir, discute calmement avec le type qui tient le vélo en lui expliquant que ce vélo est celui de notre fils et que celui-ci aime bien pédaler avec son garçon. Puis elle revient en mentionnant que le gars était aussi pas mal éméché et qu’il niait avoir volé la bicyclette. Voulant éviter la bagarre, je résiste à l’idée de lui courir après et je me dis qu’il est préférable de laisser Dieu agir dans cette situation. Après tout ce n’est qu’un tas de ferraille et du caoutchouc.

Or, très tôt le lendemain, en partant pour travailler, j’aperçois mon fils monter les escaliers avec le même vélo. Notre brigand avait ramené son butin de la veille au triplex, en prenant soin de le cacher derrière les poubelles sous l’escalier au cas où quelqu’un aurait l’idée de le voler une seconde fois! L’homme a-t-il été saisi d’un cas de conscience? A-t-il été ému du fait que son geste nuisait aux promenades d’un père avec son enfant? Ou peut-être a-t-il simplement craint les conséquences légales de son larcin? Toujours est-il que notre fils a récupéré son vélo. Nous étions reconnaissants à Dieu, non pas de l’avoir retrouvé, mais plutôt parce que sans que j’aie eu à provoquer d’altercation, sans recours à la violence, sans même nous défendre, la réaction douce et franche de mon épouse a peut-être conduit un homme à vivre une sorte de repentance. Son intervention un peu naïve, voire téméraire, s’est avérée dans ces circonstances un geste de justice qui répare. L’épisode m’a fait réfléchir à l’appel de Paul aux Romains (12.17-21) à ne pas répondre au mal par le mal, et à croire dans la justice ultime de l’amour de Dieu. Nous avons obtenu justice –matériellement – mais notre délinquant a peut-être fait un pas vers la justice en Dieu. Notre monde a de plus en plus besoin de modèles de résistance pacifique en alternative à la violence, comme ma femme qui s’est interposée sans coercition. 

Partout dans le monde, le MCC soutient de nombreux programmes de développement et de consolidation de la paix là où des conflits ont laissé des traces profondes sur la société. Diverses initiatives locales offrent des formations de réconciliation et de résolution de conflit parmi des populations traumatisées par la violence. Au Québec comme au Canada, le MCC s’investit auprès d’organismes œuvrant dans la justice réparatrice, notamment dans le monde carcéral parmi les détenus, incarcérés ou en libération conditionnelle, pour les aider à se réinsérer dans la société tout en se responsabilisant face à leurs actes. Les procédés de justice réparatrice constituent un facteur de stabilisation et de paix dans nos sociétés. Ça commence par nos propres réactions lorsque nous sommes confrontés à l’injustice et à la violence dans notre vie de tous les jours...ou même en pleine nuit, flambant nu ou en robe de chambre!