Soudan du Sud

Consolider la paix pour l’égalité entre les sexes

Le MCC, partenaire du soutien de l’éducation des filles au Soudan du Sud

À l’âge de 17 ans, Susan * se tient fière, forte et résiliente face aux menaces de mariage forcé. Lors d’une récente période de congé, elle a été informée qu’elle devait se marier à son retour à la maison. En son absence, ses oncles avaient accepté 90 têtes de bétail pour sa dot. Avec en tête le rêve de devenir médecin et la volonté de poursuivre des études secondaires, Susan a résisté pendant une semaine. Pendant ce temps, elle a été battue à maintes reprises.

L’école secondaire pour filles de Loreto à Rumbek au Soudan du Sud travaille en partenariat avec le MCC pour soutenir des filles comme Susan grâce à des projets d’alimentation scolaire et de consolidation de la paix. Le Club de la paix de Loreto est composé de 24 élèves de Loreto supervisées par deux enseignantes. Chaque année, le Club de la paix organise plusieurs activités de sensibilisation pour fournir des ressources en matière de traitement des traumatismes et de consolidation de la paix aux filles de Loreto et à la communauté en général.

Pendant l’année scolaire, une conseillère formée, ancienne enseignante de Loreto et bien au fait des défis auxquels font face les filles, se rend à l’école pendant un mois pour organiser des séances de relation d'aide individuelles et en groupe, selon le besoin. La conseillère a noté que de nombreuses élèves manifestent des signes importants de désespoir en raison des menaces de mariage forcé.

Légende de la photo : Les élèves reçoivent des conseils de nouvelles diplômées qui agissent comme mentors et tête d'affiche du système de "famille scolaire" à l’école secondaire pour filles de Loreto. (Bureau du développement de Loreto)

Dans la culture locale, la dot de la future mariée est payée par les frères du futur époux. Dès la naissance de la première fille du couple, sa vie est considérée comme une rançon, et sa future dot sera utilisée pour rembourser l’investissement de ses oncles.

Les tensions créées entre le désir d’une fille de s’instruire, de choisir quand et avec qui se marier, et le désir de ses oncles de récupérer leur investissement, sont à l’origine de nombreux conflits pour les filles de Loreto et leurs familles. Dans certains cas, le conflit peut devenir générationnel. Le Club de la paix met à la disposition des filles des outils de résolution de conflit pour les aider à gérer ce conflit de manière saine.

 « Être membre du Club de la paix m’a beaucoup aidé à résoudre mes propres problèmes de paix », déclare Elizabeth *. « Lorsque j’ai perdu ma mère, un conflit a éclaté entre la famille de mon père et celle de ma mère… Mon père n’avait pas payé sa dot. C’était devenu un problème grave au point où mon père n’adressait plus la parole à mon grand-père. Cela m’a perturbée. Une fois, j’en ai parlé lors de nos activités au sein du Club de la paix. Ces activités m’ont donné de nouvelles idées sur la façon de résoudre le problème et j’en ai discuté avec mon père et mon grand-père. Maintenant, le problème est en train d’être résolu. »

C’est important de partager ce qui nous trouble, car tout le monde ne peut pas savoir ce que nous vivons si nous ne sommes pas disposées à en discuter. Grâce à cette formation, j’ai beaucoup appris et j’ai l’intention d’enseigner ce que j’ai appris à celles qui n’ont pas eu la chance de l’apprendre.

— Anna*

Pour beaucoup de filles, il est très important d’avoir un endroit sûr où parler de ces problèmes et discuter de leurs sentiments. Le Club de la paix de Loreto rend cela possible en proposant aux élèves des séances au programme Guérir et reconstruire nos communautés (HROC). Le programme HROC est une approche initialement développée au Rwanda pour aider les communautés à surmonter les traumatismes. Lors d’une récente séance du HROC à Loreto, Susan et d’autres filles confrontées à des menaces de mariage forcé ont pu acquérir des compétences pour surmonter leurs traumatismes et renforcer leur capacité de résilience.

Anna * explique que les séances du HROC l’ont aidée à se familiariser avec différents types de traumatismes, leurs causes, et la manière de les guérir.

 « J’ai appris qu’une bonne écoute peut aider à surmonter des situations avant qu’elles ne s’aggravent », dit-elle. « J’ai surtout appris à surmonter la perte de gens, le chagrin et le deuil qui caractérisent notre société, car les gens sont aveuglés par la haine et la vengeance. Partager nos problèmes avec quelques personnes de confiance est une autre chose que j’ai apprise. C’est important de partager ce qui nous trouble, car tout le monde ne peut pas savoir ce que nous vivons si nous ne sommes pas disposées à en discuter. Grâce à cette formation, j’ai beaucoup appris et j’ai l’intention d’enseigner ce que j’ai appris à celles qui n’ont pas eu la chance de l’apprendre. »

Après avoir obtenu leur diplôme, plus de la moitié des élèves de Loreto s’inscrit à un programme d’études post-secondaires (52 %) ou travaille pour des ONG et des ministères locaux (31 %). Au cours des dernières années, des diplômées se sont inscrites à un programme de stage à Loreto où elles reçoivent une expérience professionnelle de deux années de stage comme enseignantes, infirmières, ou assistantes en finances, en administration, en logistique et en développement.

Légende de la photo : des élèves du Club de la paix de Loreto dansent lors d’une présentation sur le pardon et la consolidation de la paix donnée à l’ensemble des élèves. (Bureau du développement de Loreto)

Une fois les stages terminés, elles reçoivent des bourses d’études pour se former comme infirmières, médecins, enseignantes et avocates. Les stages sont spécialement réservés aux filles menacées de mariage forcé, car elles habitent dans l’enceinte de Loreto et sont protégées de ces menaces pendant leur stage.

Bien qu’elles soient confrontées à de nombreux défis, les filles de Loreto sont intégralement encadrées pendant et après leurs études secondaires. Cela leur permet de devenir de jeunes femmes capables de promouvoir la paix et d’apporter un changement positif dans leur société.

Photo du haut : des élèves marchent pour se rendre à l’école secondaire pour filles de Loreto. Photo fournie par Paul Jeffrey.

*Les noms ont été changés pour protéger l’anonymat des filles interrogées.

Candacia Greeman travaille pour le MCC comme spécialiste en éducation à l’école secondaire pour filles de Loreto à Rumbek, au Soudan du Sud.