Port-au-Prince, Haiti

De la semence à la vente

Dans le centre d'Haïti, le MCC collabore à la formation d’agriculteurs locaux aux pratiques agricoles durables

PORT-AU-PRINCE, Haïti – Ce reportage photo explore les rouages de la culture du riz et d’autres produits, de la plantation jusqu’au marché. Le PDL (partenariat de développement local), un partenaire du MCC, travaille pour soutenir les agriculteurs locaux dans le centre d’Haïti.

Le PDL a été créé par Cantave Jean-Baptiste (en photo ci-dessus) en 2009. L’objectif principal de l’organisation est d’agir en tant que partenaire des communautés rurales des départements de l’Artibonite, du centre et du nord d’Haïti, afin de les former à l’organisation communautaire et aux pratiques agricoles durables, ainsi qu’à d’autres types de travail social, économique et environnemental.

Le PDL et des coopératives agricoles, appelées gwoupmans, apportent un soutien qui permet d’améliorer le niveau de vie à la campagne. Grâce aux projets du PDL, ces coopératives aident au développement de l’autonomie et de la résilience et elles continuent à apprendre et à se développer avec l’aide du PDL.

Le PDL travaille avec des agriculteurs dans les départements de l’Artibonite, du centre et du nord d’Haïti, qui cultivent des aliments devant être transformés et vendus sur les marchés locaux. Dans cette région, avec l’aide du PDL, les agriculteurs ont formé des coopératives pour vendre leurs produits.

Bien que la majeure partie des dommages causés par l’ouragan Matthew en 2016 soit survenue dans les régions du sud, de l’Artibonite et du Nord-Ouest, le nord a également subi des pluies qui ont duré pendant plus de deux semaines. Cela a entraîné une perte de 95 % des cultures de haricots dans les zones touchées, et donc de nombreux agriculteurs ont subi des pertes personnelles importantes après que la tempête eut ravagé leurs terres.

Les haricots noirs, en photo ci-dessus, sont séchés sur une surface plate pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être stockés. Ils peuvent rester entreposés pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu’une commande soit passée pour les acheter. Les gwoupmans vendent ensuite ces haricots dans les marchés et aux écoles.

L’un des résultats du partenariat entre le MCC et le PDL est que le PDL fournit désormais des aliments locaux aux écoles que le MCC soutient, lesquelles offrent un repas chaud, notamment des haricots comme ceux-ci, à leurs élèves qui font partie des personnes les plus vulnérables de Port-au-Prince. Cette collaboration est bénéfique aux deux parties, car elle leur permet d’offrir une stabilité économique aux agriculteurs et des repas nutritifs aux écoliers.

Le parcours du riz, du champ au marché

Première étape : plusieurs mois après la plantation, les grains de riz sont prêts à être récoltés.

Le riz est l’une des cultures les plus importantes des gwoupmans, car c’est l’aliment de base pour la plupart des Haïtiens et, pour certaines personnes, il constituera le seul repas de la journée.

Les Haïtiens mangent du riz de différentes manières, soit du riz blanc, soit du riz mélangé avec des haricots, ou encore une sorte de riz fermenté appelé diri national, ces variantes sont toutes très populaires en Haïti.

Deuxième étape : Une fois le riz récolté, il est mis à sécher. Contrairement aux haricots qui sont séchés sur une surface plate, le riz est placé sur des tapis sur la route pour qu’il soit facilement transporté au moulin une fois le séchage terminé. Le processus prend environ cinq heures.

Au cours du processus qui commence à la semence et s’achève à la vente, le séchage est une étape importante qui peut être compromise par un certain nombre de facteurs. L’un de ces facteurs est l’humidité. Le micro-climat dans cette région est frais et humide, avec moins de soleil qu’ailleurs, ce qui est loin d’être idéal pour le séchage. Si le riz est entreposé avant d’être complètement séché, il peut s’abîmer, ce qui causerait des pertes considérables. Insectes et animaux ravageurs contribuent également à la baisse des rendements.

Troisième étape : Une fois le riz séché, il est transporté dans un moulin. À ce stade du processus, le riz entre par la partie supérieure du moulin et le grain est séparé de la coque dure. Le moulin permet aussi de se débarrasser de la plupart des cailloux mêlés aux grains. Cette machine peut produire deux sacs pleins de riz décortiqués en une heure.

Quatrième étape : le riz est maintenant prêt à être emballé, scellé et vendu au marché.

Le travail du PDL a permis d’améliorer la sécurité alimentaire dans les zones où il oeuvre, avec près de 7 000 personnes ayant accès à la nourriture pendant de plus longues périodes.

Selon le Programme alimentaire mondial, environ la moitié de la population haïtienne souffre de malnutrition et 22 % des enfants ont un retard de croissance causé par la malnutrition chronique. La situation est encore plus grave chez les enfants et les jeunes les plus vulnérables du pays dans les zones rurales comme dans les centres urbains. Ces enfants font partie de ceux que les écoles soutenues par le MCC desservent, et ces dernières reçoivent des aliments locaux du PDL.

Cinquième étape : Ces gros sacs de riz sont prêts à être transportés sur le site de conditionnement afin d’être correctement emballés, scellés et envoyés au marché. Les sacs aident à éloigner les parasites et les rongeurs du riz qui doit être soigneusement entreposé et surveillé à chaque étape du processus qui commence à la semence et finit à la vente. Les insectes peuvent s'attaquer au riz et aux semences pendant l’entreposage avant la prochaine saison des semailles. L’une des pertes importantes que les agriculteurs subissent est de perdre des semences, ce qui implique de devoir en acheter pour la saison suivante.

Même après que le riz a été traité, emballé et apprêté pour être vendu, le risque que l’humidité s’installe et que les rongeurs s’infiltrent dans l’entrepôt existe toujours.

Sixième étape : Les sacs de riz sont chargés sur une moto pour être transportés au marché. Les routes de terre sont cahoteuses et peuvent être très difficiles à emprunter. La saison des pluies crée des flaques d’eau et les canaux de ruissellement peuvent sérieusement endommager les routes. Pendant la saison sèche, les routes sont plus praticables, mais plus poussiéreuses. Les conducteurs doivent également faire attention aux animaux errants tels que les chèvres, les porcs et les poulets. Tout cela pour dire que le transport du riz, du moulin jusqu’au marché, peut parfois prendre beaucoup plus de temps que prévu.

Septième étape : après un long parcours depuis la récolte, le riz est prêt à être vendu. Derrière la porte 6 se trouve le kiosque où les membres d’un gwoupman soutenu par le PDL vendront leurs différentes sortes de riz et de haricots.

Cinq gwoupmans travaillent actuellement avec le PDL. Ils représentent plus de 6 000 familles d’agriculteurs bénéficiant d’un meilleur accès aux marchés, d’une meilleure tarification des produits et de liens renforcés dans la région de Port-au-Prince.

Huitième étape : Ce kiosque situé dans un marché de Saint-Raphaël n’est pas le seul endroit où le riz sera vendu. Beaucoup de produits sont vendus directement aux clients, tels que des restaurants locaux ou des écoles soutenues par le MCC à Port-au-Prince. En 2017, une livre de riz produite par les coopératives agricoles soutenues par le PDL s’est vendue à 65 centimes de dollars américains.

Une fois les sacs achetés, le riz aura terminé son parcours complet de la semence à la vente !

Elizabeth Peters est adjointe aux communications avec le MCC Haïti, où elle travaille depuis août 2018 dans le cadre du programme SALT.