Bolivia

Des compétences pour la vie

Des ateliers parrainés par le MCC aident les Boliviennes à acquérir des compétences pratiques qui leur permettent de nourrir leur famille.

Il est 18 heures. Irene Abrego Paraba accueille une cliente devant chez elle à Montero, en Bolivie. Par un beau coucher de soleil, elle sort une petite table et une chaise et y dépose délicatement une brosse à cheveux, un peigne, ses petites pinces et un sèche-cheveux. Elle est prête à se mettre au travail.

Profondément concentrée, Irene sèche la chevelure de Moe Isakari en la brossant et pince les mèches avec lesquelles elle lui fera une belle tresse française. Moe sera splendide à la fête où on l’attend ce soir. Fièrement, Irene montre avec un miroir l’arrière de la coiffure de sa cliente pour savoir si elle est satisfaite. Le sourire radieux de Moe en dit long!

Il y a à peine quelques années, la vie d’Irene Paraba était très, très différente de ce qu’elle est aujourd’hui.

Devant sa maison à Montero, en Bolivie, Irene Abrego Paraba arrange les cheveux de Moe Isakari. Ce salon de coiffure improvisé complète le revenu qu’il lui faut pour nourrir sa famille. Sa cliente, Moe, s’est engagée par l’entremise de l’agence Japan International Cooperation à servir bénévolement pendant un an l’organisme partenaire du MCC, El Comedor de Niños.

Mère de cinq enfants, Irene Paraba subissait la violence de son mari tout en s’efforçant de gagner quelques sous en lavant les vêtements de ses voisins. Elle savait que ses enfants ne mangeaient pas sainement. Ils avaient peur de leur père, qui criait beaucoup et qui les battait aussi parfois. La famille n’avait pas assez d’argent pour acheter les fournitures scolaires des enfants.

Irene a décidé que cette situation devait changer. Elle a quitté son mari et s’est engagée à refaire sa vie.

"Il fallait que je sauve ma famille," explique‑t‑elle. "Il fallait que je présente à ma famille une meilleure image de la femme bolivienne."

En 2011, elle est passée devant le centre El Comedor de Niños (le Comedor), un organisme partenaire du MCC qui tient deux centres communautaires pour les enfants. En français, son nom signifie « la salle à manger des enfants ». Il a été fondé pour améliorer les résultats de santé des enfants de familles pauvres. On y offre maintenant non seulement des soins aux enfants, mais des ateliers aux adultes. Irene Paraba a appris qu’on y enseignait la cuisine, la pâtisserie, la coiffure, la plomberie, l’électricité et même l’art de renforcer son estime de soi. Elle s’est empressée de s’inscrire.

Jusqu’à présent, elle a suivi sept ateliers différents, des cours de 5 à 10 mois. Elle applique ses nouvelles compétences pour augmenter son revenu afin de s’occuper à elle seule de ses enfants.

Comme elle a aussi suivi de la formation en électricité et en plomberie, elle a obtenu un poste de nettoyage et de maintenance au Comedor.

De plus, comme elle a appris la manucure et la pédicure ainsi que la coupe des cheveux et la coiffure, elle gagne entre 9 et 13 dollars par jour pendant ses fins de semaine, soit deux fois plus que ce qu’elle gagnait en lavant des vêtements.

Maintenant, Irene peut payer les fournitures scolaires de ses enfants ainsi que des fruits et des légumes. Elle nous explique que cette expérience a beaucoup enrichi sa personnalité et renforcé sa confiance en elle. "Je crois que sans le Comedor, je passerais encore mon temps à faire la lessive des gens," dit‑elle. "Je serai encore une petite femme timide et soumise."

Depuis 20 ans, le Comedor, qui dirige deux centres à deux endroits différents, s’efforce de transformer la vie des familles de Montero.

Aujourd’hui, ces centres accueillent les enfants après l’école. On les supervise pendant qu’ils font leurs devoirs et on leur enseigne la nutrition et l’hygiène. Ils y font du jardinage, ils apprennent à connaître les fruits et les légumes et ils emportent une partie de leurs récoltes à la maison.

Ces ateliers de développement des compétences sont cruciaux dans les quartiers où il est difficile de trouver de l’emploi et où les gens se rabattent sur la vente de fruits et légumes, la conduite de motos-taxis ou le nettoyage.

Le Comedor aide aussi les femmes à surmonter d’autres difficultés que celle de trouver l’argent nécessaire pour nourrir leur famille.

Grâce aux techniques de pâtisserie et de cuisine qu’elle a apprises aux ateliers du centre El Comedor de Niños, Jakelin Castillo Montero prépare maintenant des roulés de pizza et d’autres aliments qu’elle et ses filles vont vendre un peu partout dans la ville.

 

Les femmes de Montero ont un taux d’analphabétisme particulièrement élevé. Elles se font souvent exploiter et subissent de la discrimination à cause de leur statut socioéconomique et du simple fait qu’elles sont des femmes. Selon le centre d’information et de développement des femmes en Bolivie, dans la région de Santa Cruz où se trouve Montero, 7 femmes sur 10 subissent des actes de violence, souvent même par des membres de leur propre famille.

"Sans le Comedor, je crois que je passerais encore mon temps à faire la lessive des gens."

- Irene Abrego Paraba

"Bien des maris n’aiment pas que leur femme participe aux ateliers du Comedor ou envisage de travailler hors du foyer," nous a dit Nathan Toews, de North Newton (Kansas). Son épouse Leidy Muñoz et lui sont représentants du MCC en Bolivie.

"En voyant leur épouse s’en aller à un atelier comme ceux du Comedor ou partir au travail, certains hommes craignent de sembler incapables de prendre soin de leur famille,"  explique Nathan.

Le Comedor engage des psychologues pour conseiller les familles, et son personnel organise aussi des activités pour les maris et pour les pères.

La formation sur l’estime de soi vise à renforcer la confiance en soi chez les femmes à leur donner plus d’autorité au sein de leur famille.

Une autre façon de renforcer l’estime de soi est d’offrir des ateliers de formation en coiffure, en électricité, en plomberie, en cuisine et en pâtisserie.

Au centre El Comedor de Niños, l’instructrice pâtissière Martha La Fuente de Brun aide les participantes à confectionner un gâteau au dulce de leche, ou confiture de lait.

Il fait très humide cet après-midi. Un groupe de femmes habillées tout en blanc, les cheveux retenus dans un filet, regardent leur instructrice craquer des œufs dans le mélangeur et y ajouter graduellement la farine et le sucre. Elles préparent un délicieux gâteau à la confiture de lait. Ces dames acquièrent des compétences qui leur généreront des revenus.

C’est ce qu’a vécu Jakelin Castillo Montero.

Elle a participé à des ateliers de cuisine et de pâtisserie au Comedor pour étendre son répertoire de recettes.

Depuis trois ans maintenant, Jakelin se lève chaque matin à 5 h 30 pour préparer les pâtes de roulés de pizza, de beignes et d’empanadas. Quelques heures plus tard, elle confectionne d’innombrables plateaux de desserts et de casse-croûtes.

À l’entrée d’une clinique de Montero (Bolivie), Graciela Guzmán Castillo vend les pâtisseries de sa maman, Jakelin Castillo Montero. Les revenus qu’elle en tire servent à diverses dépenses de sa famille, comme les manuels et les frais de scolarité de sa sœur Carla, qui étudie le droit à l’université de la région.

Les filles de Mme Montero, qui ont 19, 21 et 22 ans, vendent ses pâtisseries dans des cliniques, dans un hôpital et au marché.

Initialement, Mme Montero avait lancé cette entreprise pour soutenir ses filles. Elle tenait à ce qu’elles fassent des études postsecondaires. Maintenant elle aide son aînée, Carla, qui étudie le droit à l’université de la région, en payant ses livres et une partie de ses frais de scolarité.

Les compétences que les femmes acquièrent au Comedor leur serviront pendant des années.

Des femmes qui avaient participé entre 2003 et 2006 à des ateliers de tricot, de couture et de tissage d’aguayo, un tissu multicolore traditionnel de la Bolivie, se sont mises à confectionner des porte-monnaie, des sacs à main et des vêtements. Comme la qualité de leurs produits s’améliorait considérablement, elles ont effectué une analyse de rentabilité et ont créé une coopérative d’artisans qu’elles ont nommée Mujeres sin Limites, ou "femmes sans limites."

Chaque mois, les membres de cette coopérative mettent de côté 10 % de leurs revenus pour acheter des fournitures et étendre les activités de l’entreprise. Elles ont ainsi réussi à acheter trois machines à coudre. Ces économies paient aussi les déplacements et les repas de celles qui représentent la coop à des salons de l’artisanat un peu partout au pays. Elles partagent les profits en parts égales. Cette coopérative existe depuis 15 ans et elle est toujours aussi prospère.

Irene Paraba rêve d’en arriver là en planifiant de créer son propre salon de coiffure. Elle paie petit à petit une maison à Montero où elle pourra demeurer et monter un salon comprenant une chaise, un miroir et un lavabo professionnels.

Vania Irene Chavez Abrego, 15 ans, reçoit les conseils de son instructeur, Raúl Aica Ibarra, en s’exerçant à couper les cheveux de son petit frère de 10 ans, Jorge Daniel Chavez Abrego. Elle suit des cours de coiffure à El Comedor de Niños après l’école. Elle veut travailler dans le salon de sa mère, Irene Abrego Paraba, afin d’économiser pour aller à l’université.

La fille d’Irene Paraba, Vania, a 15 ans. Elle se prépare à travailler dans le salon de sa maman en suivant des cours de coiffure au Comedor après l’école. Elle veut économiser pour aller à l’université. Elle rêve de devenir journaliste, et la réussite de sa mère la motive profondément.

"Ma mère est une femme extraordinaire. Je suis très fière d’être sa fille," affirme Vania, les larmes aux yeux. "Elle m’inspire profondément."