Conférence universitaire sur l'approche de la Maison de Sophia
Photo/Maison de Sophia

Le 27 mars 2019, une conférence à été tenue par des chercheuses de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) sur l'originalité et l'impact social de la Maison de Sophia auprès des femmes en itinérance. 

La Maison de Sophia est un organisme communautaire unique en son genre. Comme plusieurs autres organismes, elle offre un hébergement transitoire, ou à moyen terme, aux femmes en difficulté. Or sa philosophie d’approche et son action sont si originales qu’elle a récemment fait l’objet d’une recherche universitaire dont les résultats du premier volet ont été dévoilés le 27 mars dernier à Saint-Jérôme. Près de 80 invités ont pris part à la soirée de dévoilement des résultats préliminaires de cette recherche réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais, campus de Saint-Jérôme.

 

Ouverte depuis 2012, avec une assistance financière du MCC Québec, la Maison de Sophia se trouve à Saint-Jérôme, au cœur de la MRC Rivière-du-Nord et de la région des Laurentides. Elle a pour vocation sociale d’accompagner les femmes en difficulté dans un processus de réintégration sociale afin de les rendre responsables de leurs choix et gestes.

 

Outre l’équipe de recherche, l’assistance à la soirée était composée des partenaires de l’organisme, de sa clientèle (ancienne et actuelle), d’étudiants de l’UQO, de deux agents de la police municipale de Saint-Jérôme, et bien d’autres personnes. 

 

Crédit: Photo/Jean-Calvin Kitata

 

La séance de dévoilement a débuté avec des témoignages de vie donnés par d’anciennes résidentes de la Maison de Sophia. Celles-ci ont fait l’éloge de la Maison de Sophia en soulignant notamment la qualité des services qu’elles ont reçus et elles ont abondamment vanté le leadership authentique et compatissant de sa fondatrice et directrice, Sylvie Plante. Celle-ci se souvient d'ailleurs très bien des instants où l’idée et la vision de départ ont émergé dans son esprit.

Dès 2007, alors que Sylvie participait au programme du MCC Service au Soleil, elle recevait un salaire lui permettant de se consacrer à la mise sur pied de la Maison de Sophia.

Mais en quoi l'approche de la Maison de Sophia consiste-t-elle? Comment a-t-elle pu attirer l'attention de chercheuses universitaires? 


La recherche

Le titre de la recherche en question est « Recherche participative sur la pratique émergente de la Maison de Sophia et son effet sur les femmes en situation d’itinérance ou à haut risque d’itinérance sur le territoire de la MRC de la Rivière-du-Nord ». Débutée à l’automne 2017, la recherche s’est étalée sur 15 mois. Peu d’études ont été effectuées sur le sujet dans la région. Ainsi, il ressort de l’état de la question que, dans l’itinérance féminine, on note la présence de femmes de plus en plus âgées; et que le phénomène serait en augmentation de 25%. L’objectif principal de la recherche était de comprendre et de décrire la problématique de l’itinérance féminine ainsi que de réfléchir sur des moyens et des outils en vue d’un accompagnement des femmes vers la stabilité résidentielle. Les témoignages recueillis au cours de la recherche ont décrit la Maison de Sophia comme un toit qui donne du réconfort et de la sécurité, ainsi qu’un lieu de réflexion pour envisager la prochaine étape de la vie avec sérénité et espoir.

 

La méthodologie de la recherche a consisté, entre autres, à 50 heures d’observation-participante, à une présence soutenue sur le terrain, à la tenue d’un journal des observations, et à la réalisation d’entretiens informels avec des intervenants, bénévoles, stagiaires et femmes bénéficiaires de services. Une dizaine d’entrevues ont donc été réalisées avec la clientèle de La Maison de Sophia, ainsi que quatre autres entrevues avec la directrice et quelques membres du conseil d’administration.

 

Les aspects discutés au cours de la recherche ont été, entre autres: la trajectoire des femmes en milieux urbain et rural, la perception des femmes concernant l’itinérance et ses particularités, les retombées des pratiques à la Maison de Sophia au niveau personnel et relationnel, la réinsertion sociale ainsi que les besoins identifiés. Toutefois, la recherche a démontré que chaque cas était unique et que chaque femme en difficulté a individuellement un parcours de vie particulier et différent d’autres femmes qui font face à l’itinérance. Il a été souligné également que parmi les facteurs qui sont à la base de la problématique de l’itinérance féminine, il y a la pauvreté, la rareté du logement, le deuil, la santé mentale, la violence conjugale, et la solitude.

 

Un problème invisible

L’itinérance féminine demeure un phénomène méconnu, ce qui en soi accentue l’ampleur du problème. Beaucoup de femmes peinent à satisfaire aux besoins fondamentaux tels que se loger, se nourrir (ce qui entraîne la criminalité), se laver (ce qui pousse certaines à utiliser la piscine publique), avoir accès à des produits d’hygiène (ce qui entraîne des problèmes de santé), etc.

 

La particularité de l’itinérance féminine est qu’elle est souvent invisible et donc difficile à cerner.

 

La principale raison en est que les femmes ont tendance à prendre soin de leurs aspect physique, davantage que les hommes, et qu’elles parlent peu d’une situation qui peut devenir un sujet de honte. Malheureusement, l’invisibilité de l’itinérance entraîne la difficulté de mettre à jour et de reconnaître l’ampleur du problème, et donc d’y remédier.

Plusieurs enjeux transversaux sont liés à l’itinérance féminine: violence vécue, déficit des ressources, processus de guérison et de réinsertion dans une longue durée, situation de dépendance, déficit de logement abordable, etc. Face à cela, la Maison de Sophia répond au besoin de stabilité émotionnelle, au besoin de se ressourcer, de reconquérir son autonomie, de reconquérir l’estime de soi, au besoin de sécurité physique, etc.

 

La philosophie d’intervention à La Maison de Sophia s’appuie sur des pratiques humanistes, globales, systémiques, collaboratives, inclusives et adaptées aux différentes réalités rencontrées, à l’image des valeurs et principes prônés par le MCC. Entre 2012 et 2019, le MCC Québec a soutenu financièrement les premiers pas de cette œuvre sociale. L’équipe du MCC Québec, présente et passée, se réjouis donc d’assister à l’éclosion, au développement et à l’impact de la Maison de Sophia, maintenant reconnue comme pertinente et utile jusque dans les milieux académiques. 

 

En vous investissant avec le MCC, en devenant partenaire avec le MCC par le biais de vos dons ou du bénévolat, vous donnez à un organisme comme la Maison de Sophia les moyens d'exercer ce travail crucial dans une région aux besoins multiples, et ce d'une manière unique et avec un impact indéniable et durable.