La réponse du CCM à l’appel de la Commission Vérité et Réconciliation

Nous sommes conscients de la longue et complexe histoire ainsi que de l'état actuel des relations entre le Comité central mennonite (MCC) et ses ouvriers, et les peuples autochtones du Canada.

Nous savons que certains colons européens sont venus comme de puissants conquérants alors que d’autres sont venus comme des gens désespérés fuyant la pauvreté et l’oppression. C’est là l’histoire de beaucoup de mennonites et autres immigrants du Canada, souvent exilés ou expulsés de leurs terres, de leurs communautés et de leurs familles avec violence. En arrivant dans un nouveau territoire avec l’espoir de commencer une nouvelle vie sans oppression, nous sommes devenus parties prenantes d'une autre histoire, une histoire de dépossession dont nous n’avions pas conscience au départ. En tant que colons devenus partie intégrante de la société, les mennonites ont profité des peuples autochtones, directement ou indirectement, et ont assimilé des préjugés à la source de la mise en place du système des pensionnats et d’autres sévices commis contre eux.

Lors de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) de 2014, en tant que signataire de la Déclaration des responsables des églises anabaptistes, le MCC a déclaré ce qui suit : 

Nous regrettons le rôle que nous avons joué dans des pratiques d’assimilation qui ont privé les peuples autochtones de l’usage de leurs langues, de leurs pratiques culturelles, et causé la destruction de la famille autochtone en séparant les enfants de leurs parents.  

Nous regrettons que, à certains moments, la foi chrétienne ait été utilisée à tort comme instrument de pouvoir, et non comme une invitation pour voir l’œuvre que Dieu accomplissait déjà avant notre arrivée. Nous regrettons que certains responsables au sein de l’église aient abusé de leur pouvoir et des gens sous leur autorité.  

Nous reconnaissons le paternalisme et le racisme de l’époque. En tant que responsables des communautés des églises mennonites et Frères en Christ, nous reconnaissons que nous avons du travail à effectuer pour lutter contre le paternalisme et le racisme dans nos communautés et auprès du public au sens large.  

Nous nous repentons des rencontres que notre dénomination a eues avec les peuples autochtones qui, à certains moments, auraient été plus motivées par des préjugés culturels que par l’amour inconditionnel de Jésus Christ. Nous nous repentons de n’avoir pas défendu les peuples autochtones marginalisés comme notre foi nous y incite.

Parallèlement, nous savons aussi que nous avons apprécié l’honnêteté et la chaleur de l’amitié des peuples et communautés autochtones. Nous sommes très reconnaissants pour :

Le pardon et la résilience de nos voisins et amis autochtones qui ont tenu bon avec nous durant cette histoire et ces relations compliquées.  

Dans la Déclaration des responsables des églises anabaptistes lors de la CVR, le MCC a ajouté :  

Nous sommes conscients du long chemin que nous avons à parcourir. Nous souhaitons bâtir des relations avec les communautés des Premières Nations afin de continuer ce parcours d’apprentissage et nous engager ensemble sur cette voie.   

Nous sommes des disciples de Jésus Christ, le grand Réconciliateur. Nous savons que des paroles sans action peuvent non seulement être inefficaces, mais aussi nuire. Nous nous engageons à prendre très au sérieux les défis que vous nous présentez. Nous chercherons à appliquer la vie de réconciliation et l’œuvre de Jésus dans nos efforts de réconciliation avec vous. Nous encouragerons nos églises à aller vers les autres de façon concrète et avec amour, tout en pratiquant le dialogue et l’hospitalité.  

Conformément à cet engagement et en réponse à l’appel à l’action de la Commission Vérité et Réconciliation, le MCC rejette les concepts utilisés pour justifier la supériorité européenne sur les peuples autochtones, notamment la doctrine de la découverte. De tels concepts de supériorité légitimant la coercition, la violence et les abus sont contraires à l’évangile de Jésus Christ, et à la dignité et à l’égalité inhérentes que tous les peuples, nous le croyons, ont reçu de Dieu.  

L’objectif du MCC est de montrer l’amour de Dieu pour tous les peuples en satisfaisant les besoins humains essentiels et en œuvrant pour la paix et la justice, avec l’espoir que tous les peuples développent une relation d"harmonie avec Dieu, les uns avec les autres, et avec la création. Dans ses efforts continus d’établir de telles relations avec ses voisins autochtones, le MCC s’engage aussi à utiliser la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones comme guide pour arriver à la réconciliation. Nous affirmons les principes d’autodétermination, d’égalité et de respect énoncés dans cette Déclaration, et nous nous engageons à nouveau à exercer le ministère de réconciliation que Jésus Christ, le grand Réconciliateur, nous a confié.

Nous savons que ces mots et ces engagements ne peuvent pas effacer le mal qui a été fait ni garantir la voie du respect et de l’égalité à l’avenir. Nous avons encore beaucoup à apprendre et nous travaillons avec les membres de nos églises afin de mieux comprendre la signification et les impacts de la doctrine de la découverte et de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Nous travaillons déjà à déterminer quelles autres paroles et actions sont attendues de nous. Nous sommes reconnaissants auxs participants autochtones et aux divers intervenants pour leur accompagnement dans ce processus d’apprentissage et de discernement. Nous accueillons la responsabilité d'incarner cette déclaration avec intégrité et partageons cette responsabilité avec nos constituants et nos partenaires autochtones, avec qui nous aspirons à un avenir rempli d’espoir, plus respectueux et plus juste dans nos relations amicales et notre partenariat avec les peuples autochtones.

Approuvé par la commission du MCC Canada en janvier 2017.​