RWANDA

L'avenir passe par la cuisine!

À Kigali, au Rwanda, un programme parrainé par le MCC forme les étudiants qui désirent se lancer dans un marché en pleine croissance, celui de la restauration et de l’hôtellerie

Entourée d’étagères pleines de bols, de râpes et d’appareils culinaires, Alaise Mukagasana, 18 ans, étudiante en arts culinaires, ajoute de l’huile à la vinaigrette au persil, à l’oignon et au sel qu’elle vient d’apprendre à confectionner, car le cours d’aujourd’hui porte sur les salades.

Ces vingt dernières années, le nombre de restaurants et d’hôtels à Kigali et dans les autres régions du Rwanda s’est décuplé avec la croissance rapide de l’industrie du tourisme dans ce pays. La demande de travailleurs compétents dans ces domaines est très élevée.

En 2016, le partenaire du MCC, Mwana Nshuti, un nom qui signifie « mon enfant, mon ami », a commencé à offrir des cours d’art culinaire afin d’ouvrir des débouchés aux habitants comme Alaise Mukagasana.

On commence à leur enseigner l’hygiène et la salubrité alimentaires. Les étudiants apprennent les techniques d’entreposage des ingrédients, puis se concentrent sur certains aliments. Ils commencent par les fruits, les légumes et la préparation des salades, puis ils passent aux techniques de préparation des pâtes alimentaires, des sauces, des viandes, du pain, des gâteaux et des pâtisseries.

"J’acquiers les compétences nécessaires pour préparer un buffet ou un repas pour un grand nombre de personnes", explique Mukagasana.

À Mwana Nshuti, elle acquiert chaque jour une expérience pratique dans ce domaine.

Son instructrice, Gaudence Nyirasafari, commence chaque leçon en classe, en montrant au tableau les étapes de la préparation d’un mets particulier ou d’une technique spéciale, et les étudiants prennent des notes.

Toutefois, vers la fin de la matinée, les étudiants sont à la cuisine, profondément concentrés sur la préparation des aliments qu’elle vient de leur présenter.

Ajoutant l’huile à sa vinaigrette, l’étudiante en arts culinaires Alaise Mukagasana acquiert les compétences qu’il lui faudra pour lancer son propre hôtel-restaurant.

"J’adore apprendre par la pratique," s’exclame Alaise, "surtout en suivant la préparation d’un mets étape par étape."

"Cette combinaison d’enseignement en classe et en cuisine nous permet de nous servir autant de nos mains que de notre cerveau," explique‑t‑elle.

Cette méthode mixte est à la base de l’enseignement de Mwana Nshuti. Les étudiants acquièrent ainsi de l’expérience pratique et des connaissances spécialisées grâce auxquelles ils décrochent un emploi en quelques mois ─ et non après des années ─ après avoir obtenu leur certificat.

Toutefois, leur succès dépend d’autres facteurs.

Les programmes de formation professionnelle doivent aussi développer chez les étudiants tout un éventail d’autres compétences pour avancer dans leur carrière.

Gaudence Nyirasafari, à droite, enseigne les arts culinaires à Mwana Nshuti depuis 2016. À partir de la gauche, on voit ses étudiants Françoise Niyigena, Jean-Claude Ndayishimiye, Xavier Misago et Claudine Umutoniwase.

À Mwana Nshuti, les étudiants en arts culinaires doivent aussi suivre des cours d’entrepreneuriat, de service à la clientèle, de mathématiques, de comptabilité, d’anglais et de swahili.

"Au cours d’entrepreneuriat, nous apprenons à mettre sur pied une entreprise, à traiter avec les clients, à gérer nos profits de façon à améliorer l’entreprise et à atteindre nos objectifs," explique Alaise Mukagasana. "Le cours d’anglais me permet de communiquer avec mes futurs clients qui ne parlent pas le kinyarwanda. L’anglais nous permet de mieux nous comprendre entre nous."

Le français, l’anglais et le swahili sont trois des quatre langues officielles du Rwanda. Cependant, la plupart des gens parlent mieux la quatrième de ces langues, le kinyarwanda, qu’ils utilisent le plus souvent.

Le fait d’être en mesure de communiquer avec les visiteurs qui ne parlent pas le kinyarwanda aide les étudiants à trouver un emploi ou à lancer leur propre entreprise à la fin du cours.

Grâce Umwiza, qui a terminé sa formation à Mwana Nshuti en décembre 2017, ajoute que le cours de service à la clientèle contribue énormément au succès des finissants.

"On nous y enseigne à accueillir différentes personnes," explique Grâce. "Nous apprenons aussi à traiter avec les clients qui sont fâchés."

Grâce a grandement profité de ces compétences et des connaissances en arts culinaires qu’elle a acquises.

On ajoute de l’ail, de l’oignon et du piment pili-pili à de la pomme de terre pour préparer des samoussas, un casse-croûte très commun au Rwanda.

À la fin de leur cours de six mois en classe et à la cuisine, Mwana Nshuti trouve des postes de stages pour les étudiants. Grâce Umwiza a été placée dans un hôtel de la province de l’Est du Rwanda. Elle a travaillé dans la cuisine, au Service à la clientèle et avec l’équipe de nettoyage.

Au bout de deux mois, l’hôtel lui a offert un poste permanent au Service à la clientèle. "C’est là que je travaille, maintenant," nous dit‑elle.

Cet emploi a complètement transformé sa vie. En effet, elle s’était inscrite au programme parce qu’elle savait que sa famille ne pourrait pas lui payer d’études universitaires.

Avant cela, sa mère lui fournissait tout ce dont elle avait besoin. "Il lui arrivait de ne pas pouvoir m’acheter certaines choses, mais maintenant je paie moi‑même ce qu’il me faut tout en aidant ma famille financièrement quand j’en suis capable," explique‑t‑elle.

Cette indépendance financière est précieuse. Grâce nous dit que certains hommes exploitent les jeunes femmes pauvres en leur promettant un soutien financier contre du sexe. Elle ajoute que grâce à sa formation et à son revenu, elle n’a plus à craindre ce genre d’exploitation.

Toutefois, le personnel s’efforce d’offrir aux étudiants d’autres atouts qu’une simple amélioration de leur situation financière.

Des étudiants du cours d’arts culinaires de Mwana Nshuti, Joshua Ninziza à gauche et Innocent Mpitabakana, montrent le pain aux bananes qu’ils ont confectionné pendant la leçon d’aujourd’hui.

Mwana Nshuti fait partie des programmes offerts à Friends Peace House, un organisme confessionnel fondé par l’église Evangelical Friends Church of Rwanda (quakers). Les classes sont peu nombreuses, et les instructeurs se consacrent de tout leur cœur aux étudiants. On y maintient une atmosphère de bonté et d’inclusion.

Chaque jour de la semaine commence par une demi-heure de dévotions. Grâce adorait l’échange de témoignages et les études bibliques.

Les instructeurs et les dirigeants de l’organisme encouragent les étudiants et les aident à surmonter leurs difficultés. Grâce se souvient de la période qu’elle a dû passer à l’hôpital à la suite d’un accident d’auto. "Ils venaient me rendre visite, c’était merveilleux."

Aujourd’hui, tout en préparant son avenir, Grâce s’efforce d’aider autrui.

"En arts culinaires, on ne cesse d’apprendre de nouvelles choses, de nouvelles techniques, et cela m’encourage à réaliser mon rêve.”

- Grace Umwiza

En plus de payer ses propres dépenses, d’économiser pour lancer son entreprise et d’aider de temps en temps sa famille et ses amis, elle donne chaque mois une part de son salaire à une veuve pour l’aider à payer les frais de scolarité de ses deux enfants.

Les cours de service à la clientèle et d’entrepreneuriat ont vraiment réussi à Grâce Umwiza, qui a décroché un emploi à plein temps dans un hôtel.

Cette jeune femme de 22 ans rêve de pouvoir un jour enseigner les techniques de l’art culinaire à d’autres femmes et elle cherche continuellement à enrichir ses connaissances.

"En arts culinaires, on ne cesse d’apprendre de nouvelles choses," dit‑elle. "Chaque nouvelle chose que j’apprends, ces nouvelles techniques, ces nouvelles compétences m’encouragent à poursuivre mon rêve."

Chaque mets que Grâce et ses camarades apprennent à confectionner à Mwana Nshuti, chaque classe et chaque visite à un hôtel et au marché l’amènent plus près de la réalisation de son rêve ─ un jour, elle dirigera son propre restaurant, et même éventuellement son propre hôtel.

Elle adore exercer ses compétences avec ses camarades et échanger des idées avec eux. "J’aime passer du temps avec eux », dit‑elle. « Je vois chacun d’eux se concentrer pour mémoriser les étapes de la préparation des mets que l’on nous enseigne. Cela me rend heureuse."