Nigéria

Le pardon

Un programme de guérison du traumatisme aide les Nigériens à atténuer la douleur et les pertes qu’a causées Boko Haram dans la région

Kolo Adamu est assise sur le porche de l’Église des Frères à Chibok, au Nigéria. Serrant sur son cœur une photo pâlie de sa fille, elle décrit les souffrances qu’elle a endurées pendant des mois quand son adolescente a été enlevée par le groupe extrémiste islamiste Boko Haram, dont la brutalité choque le monde entier.

« Au début, je ne pouvais rien faire », raconte Adamu. Elle agonisait sur ce que sa fille devait endurer. « Quand je mangeais, je me demandais si ma fille recevait de la nourriture ou non. Je me disais qu’elle n’était peut-être plus en vie. »

En 2014, Naomi Adamu a été enlevée avec plus de 200 autres jeunes adolescentes de l’école secondaire gouvernementale de Chibok. Comme Naomi, un grand nombre d’entre elles fréquentaient les assemblées d’Ekklesiyar Yan’uwa a Nigeria (EYN), l’Église des Frères au Nigéria.

Tous les mercredis matins, Adamu rejoignait les autres mères à l’église pour prier.

Kolo Adamu. 

Kolo Adamu est assise sur le porche de l’Église des Frères à Chibok, au Nigéria. Serrant sur son cœur une photo pâlie de sa fille, elle décrit les souffrances qu’elle a endurées pendant des mois quand son adolescente a été enlevée par le groupe extrémiste islamiste Boko Haram, dont la brutalité choque le monde entier.

« Au début, je ne pouvais rien faire », raconte Adamu. Elle agonisait sur ce que sa fille devait endurer. « Quand je mangeais, je me demandais si ma fille recevait de la nourriture ou non. Je me disais qu’elle n’était peut-être plus en vie. »

En 2014, Naomi Adamu a été enlevée avec plus de 200 autres jeunes adolescentes de l’école secondaire gouvernementale de Chibok. Comme Naomi, un grand nombre d’entre elles fréquentaient les assemblées d’Ekklesiyar Yan’uwa a Nigeria (EYN), l’Église des Frères au Nigéria.

Tous les mercredis matins, Adamu rejoignait les autres mères à l’église pour prier.

« Sans cet atelier de guérison, je serais devenue folle »  — Kolo Adamu

Le MCC a ensuite envoyé des membres de l’EYN au Rwanda pour qu’ils apprennent à diriger le programme de guérison et de réconciliation de nos communautés (Healing and Reconciling Our Communities, HROC), un programme de guérison communautaire des traumatismes créé à la suite du génocide perpétré au Rwanda. Cette équipe est revenue au Nigéria pour organiser la formation d’animateurs d’ateliers. Elle a ainsi pu offrir des ateliers que le MCC et d’autres organismes, dont l’Église des Frères aux É.‑U., continuent à soutenir.

Gabriel Vanco a participé à l’un des premiers ateliers tout en organisant des représailles violentes contre ses voisins musulmans.

Gabriel Vanco organisait des représailles contre les musulmans de sa ville natale d’Uba quand il a commencé à participer à un atelier de guérison des traumatismes parrainé par le MCC. Cet atelier l’a convaincu de pardonner à ses voisins musulmans. 

Pendant cette même offensive de Boko Haram en 2014, Vanco et sa famille ont dû fuir Uba qui s’est vidée de ses habitants. Il a perdu des amis, des proches et toutes ses possessions. Vanco et ses amis étaient furieux de constater que certains de leurs amis musulmans ne s’étaient pas enfuis. « Comme ils ne se sont pas enfuis, nous étions convaincus qu’ils appuyaient Boko Haram », explique Vanco.

Lors de la première séance de l’atelier sur la guérison, Vanco a appris ce qu’est un traumatisme et quels en sont les causes et les symptômes : colère, dépression, anxiété, maladie, isolement, regrets, peur et culpabilité. Il a commencé à se sentir mal à l’aise en pensant à son plan de représailles.

Lors de la deuxième séance, il a entendu les récits de souffrance des autres membres du groupe.

« Un homme a raconté qu’ils ont massacré son père devant lui. Ils ont emmené sa femme et ses enfants dans la forêt de Sambisa (où se trouvait le quartier général de Boko Haram). Malgré tout cela, il avait la force d’affirmer : ‘Oui, je veux présenter cette souffrance au Christ’. Et moi? Je n’ai aucune raison de nourrir ces actes horribles au fond de mon cœur. »

Vanco affirme qu’en cet instant, il a changé en voyant que des gens qui avaient fait face à d’horribles souffrances étaient prêts à pardonner.

Les dirigeants d’EYN ont ajouté le thème du pardon aux ateliers HROC pour respecter les enseignements de leur Église. Le pardon libère les gens et ils peuvent s’engager dans une vie nouvelle.

« Le pardon, c’est un choix. Personne ne m’a forcé à pardonner », dit Vanco. « Cela vient du cœur. Si je ne pardonne pas, je m’inflige un grand fardeau. Boko Haram et ceux qui les appuient pourront faire ce qu’ils veulent, mais ils ne porteront jamais mon fardeau. »

En 2015, Adamu a participé à l’atelier dans son église. Elle s’accroche encore à un message qu’elle y a entendu : « Remettez toutes choses entre les mains de Dieu. Il est le Créateur. Il connaît tous ceux qu’Il a créés ». Depuis lors, elle remet toutes choses entre les mains de Dieu, car lui seul peut s’en charger.

Adamu reconnaît qu’il lui a fallu beaucoup de temps, deux ans, pour accepter cela. Mais elle est heureuse d’avoir suivi cet atelier, parce qu’elle a appris à pardonner. « Sans cet atelier de guérison », dit‑elle, « Je serais devenue folle ». 

Après avoir suivi l’atelier, elle a retrouvé peu à peu son énergie et s’est remise à s’occuper de sa famille. Elle a commencé à faire du bénévolat à l’église. Elle dit que maintenant elle mange bien et qu’elle se lave et s’habille de nouveau joliment.

En mai 2017, Boko Haram a relâché la fille d’Adamu, Naomi, avec 80 autres adolescentes. Malheureusement à l’heure actuelle, 100 jeunes filles de Chibok sont encore portées disparues.

Vanco a entamé sa nouvelle vie en cherchant à convaincre ses jeunes amis que la vengeance ne les mènerait à rien.

Ses amis ont commencé par lui résister, mais avec l’aide de son pasteur, il a réussi à leur faire abandonner le plan de représailles.

Vanco s’est joint aux 130 animateurs communautaires des ateliers HROC, auxquels plus de mille personnes ont déjà participé. Il est aussi devenu l’un des 149 compagnons d’écoute active spécialement formés à écouter profondément les récits de ses concitoyens traumatisés.

« La plupart d’entre nous qui avons vécu la période d’insurrection n’avons pas eu le temps de raconter nos expériences et pas d’amis qui nous écoutent », dit Vanco. « Le simple fait que nous écoutions les récits des gens les aide énormément à guérir. »