Développement international Desjardins (DID)

Au Mali, le projet FARM mené par le Développement international Desjardins et SOCODEVI aide les femmes à accéder aux services financiers dont elles ont besoin, à adopter des pratiques agricoles résistantes au climat, à mieux entrer en contact avec des acheteurs et avoir plus d’opportunités sur le marché.

La récession mondiale, provoquée par la pandémie de COVID-19, menace les progrès accomplis dans la lutte contre la faim et la pauvreté dans le monde. Une nouvelle étude suggère toutefois que deux vecteurs peuvent s’avérer transformateurs pour l’autonomisation des personnes en situation de pauvreté dans les pays en développement. 

Ces deux vecteurs sont le renforcement du pouvoir des femmes et l’agriculture. 

L’an dernier, une coalition de plus de 30 organismes canadiens à but non lucratif a commandé une étude indépendante sur six projets agricoles en Afrique de l’Ouest. Ces projets, financés par le gouvernement canadien, étaient gérés par des organismes de la société civile. Il s’agissait de programmes de formation pour les petits exploitants agricoles — les femmes en particulier — leur permettant d’obtenir de la formation sur les techniques agricoles favorisant la résilience face au climat et les méthodes pour diversifier leurs moyens de subsistance comme l’accès au financement et aux ressources nécessaire pour améliorer leurs fermes. 

Ramata Diarra est l’une des nombreuses agricultrices qui ont pu renforcer leur confiance en soi et leurs compétences en matière de leadership grâce au projet FARM au Mali. Photo avec l’aimable autorisation du Développement international Desjardins (DID).

Même des années après la fin des projets, l’étude a révélé que, dans la plupart des cas, les individus et les communautés profitaient toujours de ces investissements.  

Au sud du Mali, dans le village agricole de Dougoulakoro, des femmes se sont regroupées pour former une association agricole. Elles ont demandé et reçu un prêt de 5 500 $ grâce à un projet administré par Développement international Desjardins et SOCODEVI, deux organismes québécois. Les femmes ont utilisé cet argent pour se procurer des intrants pour leurs fermes d’oignons.  Elles ont également reçu une formation sur les techniques agricoles favorisant la résilience face au climat; elles ont tissé des liens avec des acheteurs et créédes débouchés commerciaux. Enfin, elles ont reçu un appui et une formation dans l’évaluation des services financiers comme l’épargne, les prêts et l’assurance-récolte. 

« Sans le projet FARM, nous ne saurions pas quoi faire cette année parce que nous n’avions pas les ressources pour travailler la terre »

- Ramata Diarra

« Sans le projet FARM, nous ne saurions pas quoi faire cette année parce que nous n’avions pas les ressources pour travailler la terre », affirme Ramata Diarra, une jeune mère de famille et la secrétaire administrative de l’association des agricultrices. Elle ajoute que la saison agricole a été moins stressante cette année. Avec les revenus de la production d’oignons, elles ont amélioré leurs conditions de vie. Une femme a acheté une motocyclette; une autre a acheté deux tonnes de ciment pour commencer à se construire une maison.  

Diarra a aussi reçu une formation sur l’art de s’exprimer en public, sur le leadership et la communication. Ceci lui a donné la confiance nécessaire pour devenir une leader dans la communauté. 

Avant le projet, les femmes n’avaient pas accès aux bonnes terres pour la production des oignons; ces terres étaient réservées aux hommes. Mais quand ceux-ci ont vu que les femmes gagnaient plus d’argent avec cette culture, ils ont commencé à attribuer plus de terres aux femmes. Dans certains cas, les chefs du village ont désigné des hommes pour appuyer les femmes et pour s’assurer qu’elles avaient les ressources nécessaires. 

Depuis 2014, le projet FARM a aidé plus de 20 000 agriculteurs au Mali, surtout des femmes.  

Au Mali, 80 % des revenus sont tirés de l’agriculture et de la pêche. Les femmes représentent plus de la moitié du secteur agricole, mais, malgré tout, elles ont moins accès aux terres, à la formation, à la technologie, et aux ressources financières que les hommes. 

En Afrique de l’Ouest, une étude de l’ONU démontre que seulement 10 % de l’aide pour l’agriculture, la foresterie et la pêche est attribué aux femmes.  

Dans les communautés étudiées, on a observé que lorsque les femmes ont accès aux ressources comme la terre, le bétail, la formation et la technologie, toute la communauté en bénéficie.  

« Notre étude a démontré que les investissements auprès des petites exploitantes agricoles contribuent à la sécurité et à la souveraineté alimentaire dans les pays pauvres de l’Afrique », conclut Mamadou Goïta, directeur général de l’Institut de recherche et de promotion des alternatives en développement (IRPAD), l’organisme qui a mené la recherche au Mali. « Les femmes sont au cœur de l’approvisionnement résilient des marchés domestiques pour les denrées de base, et elles sont les dépositaires des semences et des réserves de nourriture ». 

Un autre projet au Mali, celui-ci mené par l’organisme canadien Radios rurales internationales, a fait usage de diffusions à la radio pour enseigner aux agriculteurs à gérer des élevages de poulet. Dans le cadre de lignes ouvertes, on discutait de vaccins, de médicaments, de la construction de poulaillers, de risques climatiques et des dynamiques liées au genre. Avant le projet, les éleveurs de volaille rapportaient des taux de mortalité de près de 70 %; après le projet, le taux de mortalité de la volaille avait chuté à 30 %. 

Dans le cadre d’un projet en Sierra Leone mené par Vision mondiale Canada, la récolte de riz fut multipliée par sept, ce qui a engendré une augmentation de 84 % des revenus des ménages participants. Si on a atteint de tels résultats, c’est grâce au Système de riziculture intensive (SRI) — une technique de production intelligente face au climat qui fait baisser les coûts de production en utilisant très peu de semences, d’eau et d’engrais. 

Tiange Kamara et ses amies travaillent dans une rizière en Sierra Leone où elle est formée à la culture durable du riz. Photo avec l’aimable autorisation de World Vision Canada * Photo prise avant la pandémie de la COVID-19.

En 2015, l’ONU s’est fixé 17 objectifs ambitieux en ce qui a trait à la réduction de la pauvreté et de l’inégalité. Le développement agricole a déjà beaucoup contribué au progrès du premier objectif de développement durable, c’est-à-dire l’éradication de la pauvreté d’ici 2030. Mais le tort causé à la santé et à l’économie mondiale par la pandémie de la COVID-19 et par le changement climatique menace les progrès accomplis.

Pour mettre fin à la pauvreté mondiale, il est donc primordial d’appuyer les petites exploitantes agricoles. Les études démontrent que la croissance du PIB en lien avec l’agriculture et deux fois plus efficace pour réduire la pauvreté qu’une croissance équivalente dans un autre secteur de l’économie. De plus, la bonne gestion des terres agricoles augmente la résilience face au changement climatique.

« Pour le Canada, la meilleure façon de faire une différence dans la lutte mondiale contre la pauvreté c’est d’augmenter les fonds pour l’agriculture, surtout l’agriculture qui renforce le pouvoir des femmes et qui aide les agriculteurs à être plus résilients face au changement climatique », affirme Virginie Levasseur, coprésidente du Groupe canadien de réflexion sur la sécurité alimentaire et directrice de Banque canadienne de grains.


Josiah Neufeld est écrivain. Cet article a été commandé par le Groupe canadien de réflexion sur la sécurité alimentaire