India

Quand l’eau arrive

En Inde, les projets liés à l’eau du MCC permettent de nourrir des terres, de renforcer les moyens de subsistance et d’améliorer la santé dans plus d’une douzaine de communautés rurales.

L’eau peut couler toute l’année à travers un ruisseau dans les collines au-dessus du village de Sinisingi, dans l’est de l’Inde. Mais pour des habitants comme Maheshwar Pujari, qui est né dans le village il y a 69 ans, aller chercher de l’eau a signifié pendant longtemps gravir une pente pendant au moins une heure sur un terrain difficile.

Tout cela a changé en 2013, lorsque l’eau a commencé à couler d’un tuyau installé non loin de la maison de Pujari..

"Ce premier jour, nous étions si heureux," déclare Pujari. "Nous avons pris une douche, nous avons lavé nos vêtements. Ensuite, nous avons commencé à exploiter notre terre."

Les projets d’irrigation aident Maheshwar Pujari, vu dans sa rizière, et d’autres agriculteurs à étendre leurs cultures.

Grâce à un système d’irrigation par dérivation, une petite partie de l’eau est détournée d’un ruisseau vers des tuyaux en surface, puis la gravité la propulse vers le village situé plus bas. L’eau est utilisée pour irriguer, se laver, laver la vaisselle et le linge.

Le MCC soutient la construction de ces systèmes dans l’état d’Odisha, à l’est de l’Inde, grâce à son partenaire, l’Institut d’action sociale et de recherche (ISARA).

Basudeba Bada Raita, âgé de 34 ans, et sa famille marchaient 2 kilomètres par jour pour aller chercher de l’eau pour leur jardin.

L’irrigation permet à de nouvelles plantes de bien pousser comme ce plant de tomate.

Leurs 1,4 acres de terre n’avaient qu’une saison de croissance, de mai à octobre, et les récoltes n’étaient composées que de millet et de légumineuses. Incapable de faire vivre sa famille rien qu’avec les cultures, Raita devait parcourir l’Inde pour trouver du travail.

Cela a changé quand, en 2015, un nouveau système d’irrigation par dérivation a permis d’avoir de l’eau dans Munigadiha, le village de Raita.

Aujourd’hui, il y a trois grandes saisons de croissance par an. Ses terres produisent du chou, du chou-fleur et d’autres légumes, ainsi que du maïs, du millet, des légumineuses et du riz.

Maintenant sa vie et son travail sont à Munigadiha.

Grâce à un système d’irrigation par déviation qui a été construit dans le cadre d’un projet soutenu par le MCC, l’agriculteur Basudeba Bada Raita, en photo avec sa fille Lina, peut gagner assez d’argent avec ses cultures; il n’est donc plus obligé de quitter sa famille vers d’autres régions de l’Inde pour trouver du travail.

"Il n’y a plus aucune raison de quitter le village maintenant," dit Raita. "Je suis en train de voir comment cultiver encore mieux avec l’eau. J'en rêve la nuit!"

Pabitra Paramanya, agent de projet du MCC en Inde, explique que Raita est un bon exemple qui illustre l’un des objectifs du projet : garder les jeunes dans leurs communautés respectives. Pendant de nombreuses générations, les habitants de cette région ont vécu près de la forêt et au bord de rivières, à cultiver du millet, à chercher des plantes indigènes et à élever du bétail. Des précipitations plus irrégulières et la dégradation des terres traditionnelles causées par la déforestation et l’érosion ont obligé les habitants à aller dans les villes voisines pour vendre du bois de chauffage ou travailler comme ouvrier.

Paramanya dit que les jeunes hommes, en particulier ceux qui sont moins instruits, se tournent souvent vers le travail manuel dans les carrières ou les usines où ils sont mal payés et exposés à des conditions de travail dangereuses.

Avec cette nouvelle source d’irrigation, ils ont d’autres options.

"Ils disent: mon père était agriculteur, je suis passionné par l’agriculture," explique Paramanya. "Et ils disent : avec cette eau, nous pouvons faire pousser des légumes que nous pouvons manger et vendre."

C’est ce que fait Kandha Sabar, âgée de 26 ans. Depuis l’installation d’un nouveau système d’alimentation en eau dans son village de Patrabasa en 2015, il cultive tout, des légumes aux bananes, sur ses 7 hectares de terres. Il approvisionne sa maison et vend le reste.

Les agriculteurs Kandha Sabar et Dandapani Raita du village de Patrabasa vendent des légumes au marché. Les habitants ont accès à l’irrigation tout au long de l’année depuis 2015, année où le partenaire du MCC, ISARA, a installé un système d’irrigation sur les collines au-dessus du village.

"Maintenant, je ne cultive plus qu’un acre de millet et j’ajoute d’autres légumes," dit-il. "Nous obtenons un bon prix au marché de légumes et c’est un bon revenu pour nous."

Sabar utilise l’argent qu’il gagne de la vente des légumes pour payer ses dettes et engager des ouvriers pour ses champs. Finalement, cet argent permettra de payer l’éducation de son fils et de rénover la maison familiale.

De 2014 à 2017, des systèmes d’irrigation par dérivation ont été installés dans 14 villages. D’autres systèmes devraient être installés dans trois autres villages d’ici la fin de 2018. À environ 550 kilomètres de distance, dans une autre région de l’État d’Odisha, une irrigation fiable améliore également la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance dans des communautés rurales.

Le MCC soutient Disha (une organisation partenaire indienne dont le nom en hindi signifie trouver la bonne voie) dans plus d’une douzaine de villages. L’effort est financé par le compte du MCC à la Banque de céréales vivrières du Canada, avec des contributions de contrepartie du gouvernement canadien.

Les travaux commencent dans chaque village avec la construction de tranchées de terre ou de berges surélevées dans les zones montagneuses au-dessus des villages. Les tranchées collectent les eaux de ruissellement et dirigent l’eau vers le bas, ce qui permet ainsi d’alimenter les puits et les nappes phréatiques dans les communautés, et autour d’elles.

Avant que Disha, le partenaire du MCC, apporte de l’eau et offre des formations sur le compostage et la culture des champignons, Mariam Toppo et sa famille mangeaient principalement du riz et des feuilles séchées, écrasées, et cuites dans de l’eau. Aujourd’hui, elle a des arbres fruitiers et un potager florissant et cultive des champignons.

Mariam Toppo dit qu’avant qu’il y ait une source fiable d’irrigation pour son jardin dans le village de Sandalki, l’alimentation de sa famille était principalement composée de riz et de feuilles séchées écrasées et cuites dans de l’eau.

Lorsque Disha a apporté de l’eau dans son village et offert une formation sur le compostage, les pesticides biologiques et la culture des champignons, Toppo a participé à toutes ces formations.

Aujourd’hui, son jardin regorge d’arbres fruitiers, de légumes et de fleurs, et elle a commencé à cultiver des champignons.

"Je suis analphabète et je ne trouve pas facilement du travail," déclare Toppo. "Donc, c’est ma façon de gagner un revenu."

Elle s’est également jointe à un groupe d’entraide de femmes organisé par Disha. Avec l’argent du programme de prêt du groupe, elle a foré un puits et acheté une petite pompe à pédale pour irriguer son jardin. Son prochain objectif est une pompe motorisée pour irriguer davantage de terres.

Disha a fourni à chaque village un bouc que les familles peuvent utiliser pour la reproduction. Ainsi, Mathilda Burwa, veuve à Sandalki, compte maintenant plus d’une douzaine de chèvres.

"Je vends des chèvres quand elles sont prêtes et je peux ensuite acheter des légumes, du riz et des semences au marché," dit-elle. "Maintenant, je prends trois repas par jour."

Grâce à un projet de Disha, partenaire du MCC, Mathilda Burwa, une veuve de Sandalki, dans l’État d’Odisha, a maintenant plus d’une douzaine de chèvres qu’elle élève et vend pour acheter des produits de première nécessité comme des légumes, du riz et des semences.

Au début de l’année 2016, des tranchées de terre avaient été construites au-dessus de 12 villages. Le projet sera étendu à 10 villages supplémentaires d’ici l’été 2019.

Environ 1 700 ménages bénéficieront des deux projets dans l’état d’Odisha. Les habitants contribuent en défrichant le terrain, en posant des tuyaux d’irrigation et en construisant des tranchées et des zones de stockage d’eau.

Alors que des villages commencent à prospérer, d’autres avantages se présentent. Les gouvernements fournissent des services d’électricité et de nouvelles routes dans certaines zones, a déclaré Gordon Zook originaire de Lancaster en Pennsylvanie et représentant du MCC en Inde avec son épouse, Carol Zook.

"Des marchés de légumes s’ouvrent maintenant dans ces villages et nous devons réfléchir à la meilleure façon de commercialiser ces produits," déclare Gordon.

Il attribue le succès des projets au partenariat entre MCC et des organisations comme ISARA ou Disha avec les habitants de chaque communauté locale.

"Mais l’élément le plus important est la communauté," dit-il. "Ce type de sécurité alimentaire consiste à utiliser ce qui est disponible dans chaque village. Ces communautés travaillent fort et s’adaptent. C’est pourquoi ces projets se déroulent bien."