Cali, Colombia

Renforcer la foi et pousser l’excellence en soccer

CALI (Colombie) – En parlant de sa foi, Sigifredo Godoy parle de la sueur, des stratégies, de l’engagement, des connaissances et de la technique qui ont fait de lui un professionnel du soccer. Il enseigne maintenant ces valeurs aux jeunes ados qui vivent dans l’un des quartiers les plus violents de sa ville, Cali, en Colombie.

« J’ai toujours été convaincu que si Dieu me donne un talent, je dois l’utiliser pour servir », affirme cet homme de 49 ans.

Alors quand il a pensé à fonder une école de soccer à Cali, il a décidé de l’ouvrir aux adolescents dont les autres programmes de soccer se méfient soit parce qu’ils viennent de quartiers où règnent les gangs violents, soit parce qu’ils ne peuvent pas payer l’inscription et l’équipement.

L’entraîneur Sigifredo Godoy, ancien joueur professionnel de soccer qui a fondé une école de soccer, parle à ses joueurs à la fin de la période d’entraînement. Son école d’entraînement des jeunes qui désirent devenir joueurs professionnels lui donne l’occasion de parler du Christ et de placer un but dans la vie des jeunes qui vivent dans des quartiers où règnent les gangs et la violence. MCC photo/Colin Vandenberg

« De très nombreux ados suivent une voie où ils n’auraient jamais dû s’engager », ajoute M. Godoy, qui est membre de l’Iglesia Hermanos Menonitas Luz y Vida (église mennonite des Frères de la lumière et de la vie). « Les stratégies habituelles d’évangélisation ne nous amenaient pas vers ces jeunes. » 

Le soccer lui a ouvert l’accès à ces quartiers marginalisés et lui permet de participer activement à la vie des ados qui y vivent. Connaissant M. Godoy de par sa réputation dans le monde du soccer, les jeunes ont accueilli leur nouvel entraîneur à bras ouverts.

Aujourd’hui, 50 jeunes hommes de 14 à 25 ans fréquentent l’école de soccer de M.Godoy. Cette école fait partie des 20 initiatives que le MCC soutient en Colombie. Les fonds du MCC permettent aux églises mennonites et aux Assemblées des Frères mennonites d’aider les enfants et les adolescents de ces localités.

« La meilleure façon de présenter Jésus à ces jeunes à tous les stades de leur expérience de vie, c’est de leur montrer comment appliquer leur foi dans la vie quotidienne », explique M. Godoy.

La foi fait aussi partie du cheminement qui les amènera à essayer de faire carrière en soccer professionnel.
L’entraînement est intense. Les jeunes s’entraînent deux à trois heures par jour, beau temps mauvais temps. « Il ne fait jamais trop mauvais temps pour jouer au soccer », dit M. Godoy. 

Les élèves passent la plupart du temps à faire du conditionnement physique et des exercices et à apprendre des stratégies. Tout cela se fait sans ballon. « Le ballon est leur tout dernier outil d’entraînement », explique M. Godoy. « Il faut d’abord apprendre quoi faire avec le ballon. Il faut que les joueurs connaissent leur position et ce qu’ils vont faire quand on leur passera le ballon. Il faut avoir établi une stratégie avant de commencer à jouer. » 

Tous les mardis, les joueurs accompagnent M. Godoy à l’église. Ce n’est pas obligatoire, mais un grand nombre d’entre eux y vont pour parler de la foi et pour apprendre à connaître le Christ. Ils y apprennent aussi à maîtriser leur colère et à négocier des contrats en soccer professionnel. Le programme offre aussi aux jeunes les services d’un psychologue. Ils apprennent les principes de l’Église sur la non violence et les solutions juridiques qui leur permettent d’éviter légalement le service militaire obligatoire.

Les membres de l’équipe Johan Esteban Carvajal Motoa, Duvan Rodriguez et Stiven Castro perfectionnent leur technique à la fin d’une séance d’entraînement à Cali, en Colombie. MCC photo/Colin VandenbergLes joueurs comme Duvan Rodriguez n’ont pas seulement développé leurs muscles et leur technique. Ils ont aussi renforcé leur confiance en soi et appris à aborder les conflits de différentes manières. « Avant, quand j’étais fâché contre un gars, je criais ou je voulais me bagarrer. Mais je vais beaucoup mieux. Je discute avec les gars pour ramener la paix. » 

Dans le cadre des réunions du mardi, il a fait une liste de ses faiblesses tout comme d’autres joueurs. Il a accroché sa liste contre le mur pour se rappeler chaque jour les faiblesses qu’il veut surmonter.

J’ai dit à ma mère qu’on ne nous enseigne pas seulement à devenir un meilleur joueur sur le terrain, mais à devenir une meilleure personne. Jaiver Valencia, 18 ans, affirme que pendant les huit premiers mois du programme, il a beaucoup changé. « Je ne joue plus avec autant d’arrogance. Je me sens plus responsable. » 

Mais certaines des choses dont les joueurs comme Valencia veulent se débarrasser ne sont pas faciles à éviter, comme la violence et les gangs qui règnent dans les quartiers où ils vivent.

Le MCC aide à payer les collations de l’équipe et le transport des joueurs afin que les jeunes ne doivent pas venir à l’entraînement à pied ou à bicyclette, car ils risqueraient de se faire attaquer. Il arrive que les jeunes disent à M. Godoy qu’ils ne peuvent pas venir à l’entraînement, parce qu’ils entendent des coups de feu dans leur quartier et qu’il est trop dangereux de sortir de chez eux. 
Les membres de l’équipe Stiven Castro et Jose David Lopez Herrara (à gauche) s’exercent en face à face pendant une séance d’entraînement de soccer à Cali, en Colombie. MCC photo/Colin Vandenberg

Malheureusement, cette violence continue à empoisonner leur vie quotidienne. Le jeune Stiven Castro vit dans un quartier contrôlé par plusieurs gangs. Chaque fois qu’il va à l’église, il doit traverser une « frontière » invisible, une ligne qui n'est pas démarquée, mais qui est dangereuse, entre les territoires de ces gangs. Jusqu’à présent, rien ne lui est arrivé. « Chaque fois, Dieu marche à côté de moi.» 

Les choses ne vont pas toujours aussi bien. En octobre 2017, le frère de Valencia s’est fait tuer en traversant l’une de ces « frontières » invisibles.
Le joueur de soccer Stiven Castro, 16 ans, parle avec son entraîneur Sigifredo Godoy à la fin d’une séance d’entraînement à Cali, en Colombie.MCC photo/Colin Vandenberg

Pour réagir à son deuil, Valencia se consacre entièrement au rêve que son frère nourrissait pour lui : de devenir joueur de soccer professionnel et de voyager, de se faire une nouvelle vie hors de son quartier. « J’ai promis à mon frère que je réussirais. »

Il s’accroche aux idées et à l’espoir que lui a transmis M. Godoy et à ce qu’il apprend aux réunions du mardi. Il étudie des questions comme trouver des façons d’être joyeux et heureux tout en s’attaquant aux défis qui l’entourent.

« Comment se sortir d’une mauvaise situation? » se demande‑t‑il. « Comment garder le sourire? Comment continuer à lutter pour aller de l’avant? »