Jean-Remy Azor smiles for a photo.
MCC photo/Annalee Giesbrecht

Jean-Remy Azor a travaillé pour le MCC pendant 36 ans dans le reboisement et l’agriculture à Desarmes, en Haïti, et dirige aujourd’hui un organisme partenaire du MCC danscette région.

Je viens de Desarmes, une zone rurale de la vallée de l’Artibonite en Haïti. J’ai récemment fêté mes 60 ans, et j’habite toujours à Desarmes.

J’ai travaillé pendant de nombreuses années pour le MCC et actuellement je travaille pour un organisme appelé Konbit Peyizan pou Ranfòsman Kapasite Lokal, dont le nom en créole haïtien signifie « Collectif agricole pour le renforcement des capacités locales ».

Nous travaillons avec les participants des collectifs ; nous les encourageons et les organisons pour qu’ils travaillent ensemble. Notre objectif principal est la sécurité alimentaire et le renforcement des capacités communautaires afin que les gens soient mieux en mesure de produire ce dont ils ont besoin pour se nourrir.

L’un des phénomènes qui affectent réellement notre travail, c’est le changement climatique. Depuis 15 ans, plus ou moins, nous avons observé que la pluie ne tombe plus comme avant. Il pleut quand on ne s’y attend pas, et quand il devrait pleuvoir, il ne pleut pas. Cela a affecté la production agricole et il est de plus en plus difficile pour les agriculteurs ruraux de gagner leur vie et de subvenir à leurs besoins.

Le niveau dans les cours d’eau a considérablement baissé. Il y a aussi parfois des vents très forts et même de la grêle, ce que nous ne voyions jamais auparavant. Il y a de plus en plus d’insectes qui attaquent les plantes.

 « Le revenu que les gens reçoivent de certains de ces arbres pourrait les aider à construire une maison ou à envoyer leurs enfants à l’école. »

Ainsi, face à toutes ces difficultés, il nous faut trouver des stratégies pour affronter le changement climatique. Sinon les circonstances vont s’aggraver d’année en année pour les agriculteurs ruraux.

Nous cherchons à conserver les sols afin que, lorsqu’il pleut, la terre reste dans le jardin. En gardant le sol frais et humide, les agriculteurs peuvent protéger les plantes contre la sécheresse. Et nous les encourageons à préparer le sol plus tôt pour pouvoir ensemencer dès la première pluie.

Nous encourageons les gens à utiliser des semences locales et à les stocker, non seulement pour se nourrir en période difficile, mais aussi pour en avoir en réserve lors de la plantation. Sans cela, nous serions obligés de dépendre de semences importées de l’étranger qui ne sont adaptées ni aux conditions climatiques ni à la géographie.

Ensuite, il y a la reforestation. Les arbres représentent un moyen très utile de répondre au changement climatique.

Nous encourageons et formons les gens à produire des plants dans des pépinières pour les distribuer ensuite dans les communautés.

Nous utilisons un système agroforestier qui permet de créer un jardin qui produit de la nourriture à court terme, mais qui utilise également des arbres pour assurer la sécurité alimentaire et économique à long terme. Par exemple, lorsque les gens plantent des manguiers et des limettiers, ils produiront des fruits dans quelques années. Mais s’ils plantent du maïs et des légumes en même temps, ils disposeront de la nourriture à manger plus rapidement.

Quand j’étais jeune, la crise de la déforestation en Haïti durait depuis longtemps déjà. Il n’y avait pas beaucoup d’arbres à Desarmes. Il était très difficile de trouver du bois de chauffage pour cuisiner.

Parce qu’elles sont chargées de cuisiner, les femmes devaient marcher jusqu’à trois heures dans les montagnes, juste pour trouver un peu de bois à brûler. Au lieu d’aller à l’église le dimanche, elles effectuaient ce long trajet pour trouver du bois, l’attachaient en un fagot sur leur tête et revenaient en ville. Ainsi, pendant quelques jours, elles disposaient de combustible pour cuisiner.

Aujourd’hui, Desarmes a changé. Il y a plus d’arbres dans le quartier, plus d’endroits ombragés pour s’asseoir et les gens se montrent plus reconnaissants pour la nature et les arbres. Les revenus perçus de certains de ces arbres peuvent servir à construire une maison ou à envoyer les enfants à l’école.

Il y a des agriculteurs qui participent aux travaux de reboisement depuis 30 ans maintenant, et ils possèdent toujours leurs arbres comme ressource économique. Ils savent que chaque fois qu’ils récoltent des fruits ou du bois sur des arbres à croissance rapide, ils peuvent recommencer dans deux ou trois ans. Aujourd’hui, des terres qui n’étaient pas cultivées auparavant leur rapportent des revenus.

J’ai commencé à travailler avec le MCC en 1983.

J’enseignais et je m’impliquais dans l’église. À cette époque, l’église encourageait particulièrement le travail de développement. Elle savait qu’une façon pour un chrétien de suivre Jésus est d’accompagner les personnes dans le besoin, de les aider à se construire une vie meilleure. Et elle encourageait la formation afin que les leaders de l’église obtiennent les outils nécessaires pour accompagner le reste de la population.

Lorsque le MCC s’est tourné vers les églises pour trouver des responsables locaux pour son programme de reboisement et d’agriculture en pleine expansion dans la vallée de l’Artibonite, j’ai été embauché. Depuis ce temps-là, je travaille dans le domaine du reboisement et de l’agriculture.

Au fil des décennies, le MCC s’est concentré sur les personnes les plus vulnérables dans les endroits les plus reculés. En 2019, ce travail s’est transformé en une organisation haïtienne distincte et indépendante, Konbit Peyizan, et je suis devenu son directeur général.

 « Notre objectif a toujours été de donner aux gens les moyens de leur autonomie. »

Aujourd’hui, nous maintenons toujours la même mission. Autant que possible, nous désirons nous rendre dans les lieux où vivent les gens les plus défavorisés. Ces dernières années se sont avérées difficiles avec l’insécurité croissante et la COVID-19. La violence des gangs rend dangereux et même impossibles les déplacements des zones rurales vers les villes, de sorte que les agriculteurs n’arrivent pas toujours à vendre les récoltes qu’ils ont produites. Nous considérons le fait que Konbit Peyizan subsiste, malgré tous ces défis, comme un énorme succès.

Il nous reste encore beaucoup de travail à effectuer pour aider les gens à s’adapter au changement climatique et à y faire face. Toutefois, nous avons vu des personnes dont la vie a changé aujourd’hui grâce à notre travail, et nous avons beaucoup d’espoir.

Notre objectif a toujours été de donner aux gens les moyens de leur autonomie. Il s’agit de techniques simples, comme le fait de ne pas brûler les terres pour le défrichement et de construire les jardins de manière à ce que le sol ne soit pas emporté par la pluie, ce qui donne le temps aux matières organiques de se décomposer et de rendre le sol riche.

Après tout, si vous enrichissez votre sol, votre sol vous enrichira aussi ! Si vous nourrissez votre sol, votre sol vous nourrira en retour.


Jean-Remy Azor a travaillé avec le MCC pendant 36 ans avant de devenir directeur général de l’organisme partenaire du MCC, Konbit Peyizan.