Photo/Jean-Calvin Kitata

Les "porteurs de la prière du 5 à 7. De gauche à droite: Jade O'Bomsawin, Frère André Ménard, Adèle Finlayson (Église Anglicane de Québec), Jean-Calvin Kitata (MCC), Abdoulay (Centre Islamique de Shawinigan), Nicole O'Bomsawin (Abénaquise d'Odanak), Abdulkader (Centre Islamique de Trois-Rivières). 

Une société divisée

Les résultats de la dernière élection fédérale, le 21 octobre dernier, montrent un pays divisé en régions. L’Est à prédominance libérale contre l’Ouest complétement dominé par le Parti Conservateur. Puis le Québec, où un Bloc Québécois ragaillardi a déjoué les prévisions. Notre Belle Province elle-même apparaît morcelée entre une zone montréalaise cosmopolite soutenant massivement un Parti Libéral incarnant la diversité, alors que le reste du Québec, plus homogène culturellement, semble plus attiré par les partis d’inspiration nationaliste. Généralement en Amérique du Nord, on voit clairement se dessiner des lignes de fractures politiques entre les grandes villes, les banlieues et les zones rurales.

 

À l’image de la politique, le paysage religieux n’a jamais semblé aussi diversifié qu’aujourd’hui, une conséquence évidente de l’apport immigrant. On attribue souvent aux religions –quelles qu’elles soient—bien des maux : intolérance, sectarisme, discrimination, fanatisme, prosélytisme agressif, et bien d’autres. Et force est d’admettre que l’Histoire en est jalonnée d’exemples. Or, parfois ce sont les groupes religieux qui sont la cible de violence. En 2017, Statistiques Canada rapportait une augmentation de 47% des crimes haineux pour le Québec et l’Ontario, et 80% de ceux-ci visait un groupe religieux en particulier (pensons à l’attentat traumatisant dans la mosquée de Québec cette même année).

 

Une initiative de rapprochement

Dans ce contexte, il faut donc aussi reconnaître et célébrer les nombreuses initiatives de rapprochement et de compréhension mutuelle lorsque cela vient des milieux religieux eux-mêmes. Le MCC travaille dans 53 pays. Il est de ce fait naturellement appelé à collaborer avec des groupes locaux de tous les horizons, une réalité qui a certainement façonné sa capacité à interagir dans un cadre multiconfessionnel.

 

Au Québec, depuis trois années déjà, l’initiative vient d’un Père Oblat missionnaire de Marie Immaculée. Prédicateur et animateur spirituel au Sanctuaire Notre-Dame du Cap, Bernard Ménard a en effet conçu un événement s’inscrivant dans le cadre des célébrations interspirituelles et interculturelles et permettant aux différents courants religieux et croyances d’apprendre à se connaître et à marcher ensemble, « à la recherche d’égale dignité pour toutes et tous ».

 

Une rencontre –appelée « 5 à 7 pour la paix » -a donc eu lieu le samedi 14 septembre à la Chapelle de la paix du Sanctuaire Notre-Dame du Cap, au Cap-de-la-Madeleine (Trois-Rivières). Le Comité central mennonite (MCC) Québec, représenté par son coordonnateur du programme Justice et paix, Jean-Calvin Kitata, fut invité par le Père Ménard, bien au fait de l’identité du MCC, en ces termes sympathiques: « l’accent de votre tradition sur les enjeux de non-violence et de paix nous donne l’audace de vous proposer cette excursion vers Trois-Rivières. Nous vous en serons vivement reconnaissants ».

 

Cette rencontre du Cap-de-la-Madeleine, qui en était à sa troisième édition, a réuni ceux que M. Ménard appelle des « porteurs de la prière », issus de diverses traditions religieuses : autochtones, hindoue, musulmane, anglicane, catholique et évangélique/anabaptiste.

 

La soirée a débuté par un temps d’accueil mutuel pendant lequel un punch non-alcoolisé a été servi dans la Chapelle de la Paix. Dans son mot d’introduction et d’accueil, Bernard Ménard a rappelé à l’assemblée ce qui motivait son initiative :

Face aux murs et aux nouvelles formes de division dont témoignent notre monde contemporain, ce sont de tels gestes de solidarité orientés vers la compréhension mutuelle qui portent l’espérance du monde.

À la suite du mot d’accueil, des représentants d’Amnistie International ont débuté les exposés. Des moments de réflexions essentiellement spirituelles ont été animés par la révérende pasteure de l’Église anglicane de Trois-Rivières, deux représentants de la communauté musulmane de Shawinigan, un prêtre de l’Église catholique de Trois-Rivières, la célèbre Nicole O'Bomsawin, Abénaquise d'Odanak, ainsi que Jean-Calvin Kitata, du MCC Québec. Chaque tradition religieuse a introduit une minute de silence par cinq minutes de réflexion ou encore par un chant, un poème, ou une déclaration. L’appréciation était mutuelle et sincère.

 

Près de 250 personnes ont assisté à ce 5 à 7 pour la paix. La soirée s’est terminée par le chant « We Shall Overcome » (Nous triompherons), l’hymne chanté lors des marches du mouvement des droits civiques des Noirs aux États-Unis, au temps de Martin Luther King, dans un geste de solidarité par l’assemblée. Les organisateurs ont ensuite servi un goûter. Un temps de visite aux tables des organismes invités pour la présentation des documents et la signature d’une pétition présentée par Amnistie Internationale a clôturé la soirée.

 

L’initiative du Père Ménard ne prétendra jamais changer le monde; cependant elle offre à notre société un lieu de réconciliation et de fraternité parmi des groupes généralement considérés comme antagonistes, une occasion précieuse en ces temps de division et de polarisation des groupes et des discours. Si le MCC s’intéresse d’abord aux causes profondes –souvent politiques—de l’injustice et de la violence ici et ailleurs, celui-ci se fait aussi un devoir et un plaisir de prendre part aux gestes de paix venant de la communauté elle-même.